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Le défi démocratique

Le défi démocratique

Le plus grand défi de l’occident sera de préserver la stabilité acquise à l’issue de La Guerre et qui a prévalu depuis plus d’un demi-siècle.

 

La confiance dans les institutions politiques ainsi que dans le processus électoral est au plus bas dans le monde selon Douglas Heaven.

(http://www.bbc.com/future/story/20170330-the-uncertain-future-of-democracy)

 

Certaines nouvelles démocraties en Europe et au Moyen-Orient glissent subrepticement dans une gestion autoritaire et ouvrent la voie à des leaders populistes qui dans leurs programmes proposent de limiter les libertés civiles.

 

Les sociétés du monde entier subissent les contrecoups d’un système de gouvernement qui a été en grande partie et depuis des générations, la caractéristique même des pays développés.

 

On pointe souvent du doigt la Russie, du Moyen-Orient ou de la Chine lorsqu’on évoque la question de la restriction des libertés, mais aujourd’hui ce problème touche également des pays au cœur des démocraties occidentales.

 

Pour la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale les pays de l’Ouest sont inquiets pour l’état de la démocratie et il est aisé de constater une lente « récession démocratique » qui se prolonge depuis à peu près une décennie.

 

Que cela soit des nations issues de l’ancien bloc soviétique en Europe ou de certains pays Arabes suite aux promesses du printemps arabe, le glissement vers l’autoritarisme est inexorable.

 

Depuis que cette tendance touche les nations occidentales traditionnellement démocratiques, il semblerait que la crise soit devenue globale.

 

Ce déclin de la démocratie a été mesuré par des chercheurs de l’Economist Intelligence Unit à Londres depuis 2006 (http://www.eiu.com).

Dans son dernier rapport intitulé l’indice de démocratie 2016 qui fournit un classement global de presque tous les pays dans le monde les chercheurs ont combiné des données régionales et plusieurs enquêtes réalisées dans 167 pays pour mesurer :

 

  • La qualité des processus politiques

  • Les libertés civiles

  • Le fonctionnement du gouvernement

  • La participation civile

  • La culture politique.

 

Selon les résultats obtenus, chaque pays est alors classé comme :

 

  • Une démocratie à part entière

  • Une démocratie imparfaite

  • Un régime hybride

  • Un régime autoritaire.

 

Les résultats du rapport de l’an dernier donnent sérieusement à réfléchir.

 

Globalement, le score moyen global a diminué dans 72 pays dans ce classement par rapport à celui de 2015 et seulement 38 pays se sont déplacés vers le haut de la liste.

 

Le nombre de pays classés en démocraties complètes a chuté de 20 à 19, avec les Etats-Unis, désormais classés comme démocratie imparfaite.

 

Selon la mesure de l’EIU, près de la moitié la population mondiale (49,3 %) vit dans une démocratie imparfaite , il est à préciser par ailleurs que seules 4,5 % de ces personnes vivent dans une démocratie totale – soit la moitié du chiffre de 2015.

 

Les chiffres de l’EIU ne sont pas les seuls qui suggèrent un changement fondamental et rapide dans l’échiquier politique mondial.

 

Andrew Reynolds, politologue à l’Université de Caroline du Nord et fondateur du projet : l’intégrité électorale, qui permet d’évaluer la qualité des démocraties dans le monde entier, a fait valoir que la Caroline du Nord ne devrait plus être considérée une démocratie après les récentes restrictions au vote des électeurs noirs.

(http://www.vox.com/policy-and-politics/2016/12/27/14078646/north-carolina-political-science-democracy)

 

 

Quelles sont donc les causes derrière l’érosion d’un système politique qui a guidé les économies les plus développées du monde depuis des décennies ?

 

 

 

 

L’explication commune est que le monde continue de réagir à la crise financière mondiale de 2008 et aux politiques d’austérité qui ont en suivi. Non seulement la démocratie a été affectée mais cela a nettement modifié l’image des dirigeants politiques.

 

Prenons le cas des Etats-Unis, sa récente relégation à une démocratie imparfaite n’a pas été causée par l’élection présidentielle de 2016. Donald Trump a hérité d’un pays dont la dette publique dépasse 100% du PIB depuis 2014.

(http://www.tradingeconomics.com/united-states/government-debt-to-gdp)

 

Le niveau de confiance dans les institutions démocratiques aux États-Unis est en chute libre depuis des décennies, selon une enquête réalisée par le Pew Research Center.

(http://www.pewresearch.org)

 

Il en ressort qu’en 2015, seuls 19 % de la population faisaient confiance dans l’action du gouvernement. En 1958, ils étaient 73 % à le faire et même 77% en 1964.

(http://www.people-press.org/2015/11/23/public-trust-in-government-1958-2015)

 

D’autres explications mettent en avant la rupture entre les élites et le peuple.

Jusque-là, les partis politiques traditionnels avaient une certaine proximité avec certains groupes sociaux. La gauche, ou parti social-démocrate, étaient par exemple censés représenter la volonté des couches sociales ouvrières.

 

La frontière, entre les programmes des partis de droite et de gauche qui représentaient chacun des visions différentes sur des valeurs et un choix de société, n’a cessé de s’estomper depuis les années 1990 et la fin de la guerre froide, ce déplacement idéologique vers le centre a entrainé la dislocation de l’électorat. La « politique technocratique » désormais devenue sans âme ne concerne plus les grandes questions et problèmes de notre temps.

 

Si bien que les populistes tels Donald Trump et Nigel Farage, ancien dirigeant du parti britannique UKIP ont pu rallier le soutien des électeurs parce qu’ils ont osé poser les questions auxquelles les partis au pouvoir n’avaient pas su, ou voulu, y apporter de réponses.

 

L’UKIP ne possède certes pas un grand pouvoir politique – le seul membre élu au Parlement a fait défection la semaine dernière - mais l’avis décomplexé sur l’immigration ainsi que sa critique sur les technocrates de l’Unions Européenne ont pesé sur le débat au sujet du Brexit. (http://www.talkcarswell.com/home/job-done--thank-ukip/3237)

 

De même, Donald Trump avait conçu également sa campagne autour du thème de l’immigration et un engagement à « assécher le marais » des élites politiques qui ne partagent plus les valeurs de millions d’électeurs.

 

 

 

Ils s’accordent souvent à affirmer défendre la démocratie. Contre qui ? Contre le peuple ?

La réaction populiste a eu le mérite de faire parler à nouveau les élites politiques sur la nécessité de défendre la démocratie.

 

 

A ce titre, le Brexit a fourni une tribune à tous les protagonistes autour d’un débat qui a mis en avant le fait que le populisme était plutôt l’expression d’un malaise profond de la société et que sont rejet ne pouvait que servir sa cause.

En effet, beaucoup avaient oublié que c’est en laissant les opinions s’exprimer que l’on peut faire évoluer la démocratie, sur le long terme les dernières surprises électorales ne seront que bénéfiques pour la démocratie.

 

Mais parler de ces questions n’est pas toujours suffisant et face à des personnes en quête de plus d’autoritarisme, les politiciens traditionnels devront lâcher du lest, revoir les politiques sociales et les économies libérales, se pencher sur l’immigration ou le commerce mondial.

 

A ce titre, si le parti nationaliste PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas n’a pas eu les votes qu’il escomptait dernièrement, c’est aussi parce que le premier ministre néerlandais Rutte a procédé à quelques ajustements politiques significatifs afin de contrer l’avancée du parti populiste, renforcés certes par l’épisode de l’interdiction d’organiser des meetings des ministres turcs aux Pays-Bas.

 

Malgré cela, beaucoup de personnes pensent que la démocratie est le meilleur et le plus abouti des modes de gouvernement que les hommes ont mis au point.

 

Que cela soit en Asie ou en Afrique sub-saharienne, les sondages confirment que les populations aspirent tous à vivre en démocratie.

(http://afrobarometer.org/blogs/do-africans-still-want-democracy-new-report-gives-qualified-yes)

 

La Chine est devenue plus riche et son économie plus moderne, là également nous assistons à une aspiration croissante pour le modèle démocratique par la nouvelle classe moyenne.

 

 

Aspirer à la liberté est dans la nature humaine.

Aucun régime autocratique ou autoritaire n’est stable, et ils sont tous voués à disparaître. Le seul vraiment qui sort du lot et qui fonctionne relativement bien est Singapour, mais pour combien de temps ?

 

 

 

Il y a pourtant des personnes qui n’ont pas un avis aussi tranché dans un monde bipolaire, entre d’un côté les bonnes nations démocratiques montrant la voie aux régimes autoritaires qui seraient du mauvais côté de l’histoire.

 

Daniel Bell de l’université de Tsinghua à Pékin fustige certaines idées occidentales qui sont érigées en dogmes.

 

Il affirme que les États non démocratiques peuvent prendre plusieurs formes. Il y a des dictatures familiales comme en Corée du Nord, les dictatures militaires comme en Egypte, des monarchies comme en Arabie saoudite.

 

Certains autres, comme le système méritocratique de la Chine – dont les gouvernants responsables ne sont pas élus par le public, mais nommés et promus selon leur compétence et leur performance – ne devraient pas subir un rejet catégorique.

 

(https://www.nytimes.com/2015/04/17/opinion/teaching-western-values-in-china.html?hpw&rref=opinion&action=click&pgtype=Homepage&module=well-region&region=bottom-well&WT.nav=bottom-well&_r=1)

 

Le parti communiste chinois compte 88 millions de membres gérés par le « Département de l’Organisation du parti communiste de Chine », qui est essentiellement un département de ressources humaines.

Pour être membre du parti, les candidats doivent passer une série d’examens.

Des représentants du gouvernement sont donc sélectionnés au sein de secteurs variés de la société chinoise selon le seul critère de mérite. La promotion jusqu’au sommet du gouvernement est en principe une simple question de performance.

 

Nous sommes certes en droit de s’interroger sur un problème évident, qui serait le manque de transparence dans la façon de mesurer le mérite affirme Bell.

 

Le système devient plus ouvert au public au niveau municipal. Quelques villes chinoises expérimentent depuis peu l’accès public aux budgets des premiers niveaux des collectivités territoriales, ceux-ci sont mis en ligne, permettant aux citoyens de commenter les budgets et suivre ainsi les performances de leurs responsables locaux.

 

Quant au choix du Parti pour les dirigeants de haut niveau, le processus n’est généralement pas connu des administrés, ce qui ôte une certaine légitimité au système.

 

Le plus grand défi pour la politique chinoise reste la corruption. Un système démocratique peut vivre avec la corruption parce que les dirigeants corrompus peuvent être, en théorie du moins, éliminés du pouvoir.

 

Mais dans un système méritocratique, la corruption est une menace existentielle. Si les dirigeants politiques s’avéraient être corrompus, ils ne pourraient plus revendiquer le mérite à des fonctions supérieures et perdraient ainsi la seule qualité qui justifie leur position, c’est pour cela que des mécanismes nouveaux doivent être adoptés afin de garder les hommes politiques responsables vis-à-vis de leurs administrés.

 

Il y a certes des lacunes évidentes dans le système chinois mais il faut lui reconnaître quelques avantages.

 

Les hauts responsables politiques ont une expérience indéniable dans la gestion du pays, ce n’est pas le cas de la plus grande démocratie du monde avec l’actuel président.

 

Le gouvernement n’étant pas soumis au cycle électoral, il peut se concentrer sur la mise en place de sa politique.

 

C’est ce qui a permis à la Chine d’éliminer l’état de pauvreté dans lequel étaient plongés des millions de personnes et ce en quelques décennies, de lancer les plus ambitieux programmes de constructions au monde ainsi que de nouvelles infrastructures modernes, à s’attaquer concrètement aux gaz à effet de serre, à la pollution urbaine. Et là encore, les fonctionnaires qui ont réussi à éliminer la pauvreté seront jugés sur leur capacité à améliorer l’environnement comme l’explique Bell.

 

Toujours d’après Bell, le système chinois a le soutien d’une forte majorité de la population et ce dans presque toutes les couches de la société, et que même si les classes moyennes plus riches à présent voudraient avoir leur mot à dire dans la façon dont le pays est dirigé, cela ne signifie pas nécessairement faire appel à une démocratie à l’occidentale.

 

Les citoyens chinois aspireraient plutôt rejoindre le parti au pouvoir et pouvoir ainsi participer à la vie politique puisque les examens qui les y mèneraient sont accessibles à tous.

 

 

 

La démocratie comme aboutissement

La démocratie n’est susceptible de s’épanouir que quand elle est l’expression d’une aspiration populaire, elle doit avoir un sens et des racines profondes et répondre aux valeurs et à la culture du pays.

 

 

 

Toutes les tentatives à l’imposer, ou à l’exporter dans le monde au cours des dernières décennies se sont révélés être un désastre absolu.

 

L’Occident s’y est essayé à la pointe du fusil – comme dans les nombreuses interventions militaires au Moyen-Orient – mais aussi en l’exigeant à travers des lois que l’Union Européenne impose aux nouveaux membres par exemple au risque d’être rejetée…

Avec tous les changements politiques que nous vivons dans le monde et l’adoption de postures nationalistes par de nombreux pays, les Etats-Unis et l’Europe occidentale ont abandonné leurs ambitions à changer les autres régimes, se pencher sur leur propre démocratie ne constitue pas une mauvaise chose dans la mesure où si l’Occident veut promouvoir la Démocratie, alors il devra le faire désormais par l'exemple.

 

 

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